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Témoignage de Nadia


Vers 15 ans j'apprends que je n'entends pas comme les autres, je ne voulais pas y croire car pour moi j’avais toujours entendu normalement. A 18 ans je reçois quand-même le pire cadeau pour la majorité : une paire de prothèses auditives !

            Je vais découvrir le parcours du combattant... Continuer à vivre et faire semblant ... la vie fait son chemin comme on dit. Moi qui suis une personne ouverte et sociable, je flétris, je me replie sur moi-même. Premier enfant, petits boulots, dans un dernier souffle je reprends mes études, avant d'avoir mon second enfant. Mais je m'enferme dans ma bulle, je fais tout en solitaire, je ne travaille plus, je perds confiance en moi et c'est ma famille qui en pâtit.

            En 2014, mon oreille gauche n'est plus que l'ombre d'elle-même, je vais de plus en plus mal et mon ORL de ville me propose de faire un bilan au service CRIC à l’hôpital Rothschild. Bizarrement, malgré cette nouvelle, j'ai un déclic, comme un second souffle ;  petit à petit, je décide de vaincre ma peur et d'aller vers les autres. Je m'investis de plus en plus à l'école de ma fille, je partage mon savoir auprès des enfants du quartier et je me récompense en me réservant  un temps précieux rien que pour moi. Je pars à la découverte de Paris, la plus belle ville au monde et mes yeux s'émerveillent et découvrent de la poésie partout où il y en a...la PHOTO me redonne goût à la vie même si je ne le sais pas encore… et ce sont des moments que j'attends avec impatience !

            Puis,  tout se précipite : moi qui ai toujours tout planifié pour avoir le contrôle de la situation et être sûre d'avoir toujours tout compris, l'implant se présente à moi et me fait déjà comprendre que je dois me laisser aller, changer et redevenir tout simplement MOI ! Après avoir passé tous les tests pré-implant, très fatigants, j'ai rencontré des bénévoles de l'association AIFIC, toujours dispos pour répondre à mes questions. J'avoue, je m'étonnais de ne pas rencontrer plus de personnes de mon âge, je me suis finalement dit que je vivrai ma propre expérience et on verra bien !

Ma rencontre avec une implantée active (et non retraitée) à Paris, m'a aussi permis de compléter mon cheminement personnel. Une dame très disponible avec qui j'ai pris un café et à qui j'ai pu parler de toutes mes appréhensions, j'ai vu cette dame entrer dans un café et tester le milieu, bruyant ou non, et si ça ne convenait pas, on ressortait illico ! Je l'ai admirée de ne pas subir comme je l'avais toujours fait, je ne la remercierai jamais assez de m'avoir montré cette facette-là de l'implant!

Je suis opérée en mars 2015, à 37 ans, de l'oreille gauche, je porte toujours ma prothèse auditive à droite et en avril je porte un Cochlear CP 910 à gauche… Ce fut ma première opération chirurgicale. Entre le début des tests et l'implantation, j'ai eu moins d'un an pour prendre cette décision importante, partagée avec toute ma famille (mon mari, mes enfants, mes parents, frère et sœurs), même si la décision finale m'appartenait. Si j'avais eu plus de temps pour réfléchir, je ne sais pas si j'aurais pris la même décision. Être bien entourée, c'est important ! Débute alors la rééducation orthophonique, j'y mets beaucoup de hargne, je ne me laisse pas le temps de souffler et c'est peut-être pour ça que la première crise vertigineuse pointe son nez en octobre 2015, des crises violentes avec vomissements qui me terrassent et soulèvent un doute sur la décision que j'ai prise. Les ORL me disent que malgré ces crises impressionnantes, ce n'est que mon corps qui réagit à mon nouvel équilibre auditif ; je vis dans l'angoisse car ces crises ne préviennent pas !

            Au mois de décembre 2015, avec l'IFIC, je participe un peu dans la précipitation au concours 1000 implants, 1000 talents, même si je n'aime pas les concours car je n'ai jamais rien gagné. Je me vois remettre le prix de la seconde place ex-æquo, le 15 juin 2016. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais…

            Je fais toujours attention, pendant les vacances, à la mer ou à  la montagne pour éviter de me retrouver l'oreille 'nue' par accident (et éviter toutes les démarches administratives à distance concernant l'assurance !), j'ai attrapé de grosses cloques sur l'oreille  (l'implant lourd sur la petite oreille!), les premiers mois et  aussi à cause de la chaleur. Il y a eu tout un apprentissage technique à faire ; les changements des protections de micros, les changements de câbles, l'apprivoisement de la télé sans sous-titrage, j'ai même pris l'avion, avec mon équilibre instable, ça été très difficile ! Et même si l'attente pour les rdv est de plus en plus longue dans le service, par rapport au nombre d'implantations de plus en plus croissant et une technologie en plein essor... l'implant, je ne peux plus vivre sans !

            Concernant le milieu professionnel, tout s’est enchaîné très vite pour moi ; j'ai été contactée par mon ancienne tutrice de stage qui m'a proposé de déposer ma candidature en tant que travailleur reconnu handicapé, pour un poste en bibliothèque ; elle est au courant de ma surdité, elle garde un bon souvenir de mon stage car je suis également une grande lectrice dans cette bibliothèque. Moins de 6 mois plus tard, en mai 2016, j'arrive enfin à atteindre mon objectif, un poste sur mesure à 2 minutes à pied de chez moi, je suis bibliothécaire titulaire, 37H50 par semaine... les petits boulots sont loin derrière moi.

            Je suis dans une bibliothèque de quartier dans une équipe de 4 personnes que je côtoie tous les jours du mardi au samedi. Ma responsable est avant tout ma collègue, mon travail me laisse  beaucoup d'indépendance. Être bibliothécaire, ce n'est pas « que » faire des prêts de livres ; je suis à la disposition d'un public, sans cesse changeant : je prépare des ateliers réguliers en faisant des accueils de groupes d'adultes qui apprennent le français (imaginez la compréhension avec les accents différents), je visite une résidence de personnes âgées avec qui j’organise des projections-débats, des lectures ou des chants (imaginez les difficultés d'articulation), j'organise des ateliers à destination d'enfants avec des thèmes divers et variés (imaginez les enfants sautillant en parlant), je fais des lectures aux tout-petits avec les professionnels de l'enfance, je fais également toutes les préparations techniques autour du livre mais aussi des différents médias que nous utilisons (cd, DVD, informatique, tablette), j'organise des cafés littéraires, je participe à des activités culturelles en transversale avec le réseau dans lequel je travaille etc... Je travaille d'arrache-pied, entre ma rééducation vestibulaire, mon seul jour de congé, des crises qui apparaissent en plein milieu de la semaine et le métier qui doit entrer...c'est parfois lourd !

            Je peux dire qu'à 40 ans, c'est une deuxième vie qui commence. Ce poste me permet de continuer ma rééducation orthophonique en milieu ordinaire car je rencontre énormément de gens, je fais des formations en amphithéâtre, j'ai à peu près une cinquantaine de collègues dans le réseau proche, je participe aux réunions régulières, j'utilise même le téléphone de plus en plus souvent pour communiquer avec mes collègues sur les projets et avec les lecteurs pour des infos. J'ai de la chance, beaucoup de communications se font par mail et par écrit aussi, ce qui me permet de récupérer des infos que je n’ai pas entendues par exemple. Tous mes collègues sont au courant et quand ça ne va pas ils prennent le relais. Mais comme je suis très indépendante, ça n’arrive pas souvent. Mon métier me permet de faire reformuler les demandes et donc mon handicap passe inaperçu pour l'instant.

            Concernant la musique, c'est encore un peu difficile pour moi, c’est juste un bruit, je n'arrive pas encore à prendre du plaisir mais ça viendra sûrement avec le temps. Mes collègues sont de grands fans, ça me permet de faire une rééducation « sauvage » on va dire, du coup ils en passent même quand je suis au prêt mais si ça devient une gêne pour la compréhension, on diminue le son ou on arrête carrément. Je mange presque tous les jours avec mes collègues (nous connaissons tous la torture des repas en commun), et le jeudi avec tous mes collègues du réseau, nous déjeunons carrément dans un grand bar (c'est notre cantine) avec énormément de bruit, en grandes tablée. C'est dur... mais pas insurmontable !  Et puis les collègues du réseau font des efforts, pourquoi pas moi ? Si je suis trop fatiguée, j'explique simplement que je n'y vais pas et je reste avec d'autres collègues qui ne sortent pas de la bibliothèque car ils n’aiment pas le bruit de la cantine (ce sont pourtant de bons entendants).

 

            Je ne dis pas que tout est parfait, surtout en milieu bruyant, mais je ressens une nette amélioration dans ma confiance en moi, ce qui me permet d'aller de l'avant !... Et je souhaite cette situation à tous les futurs implantés, ne baissez jamais les bras (nous savons tous par quels moments de désespoir nous sommes passés) même si c'est dur parfois. Je ne retournerai jamais en arrière !